L'arrivée au séminaire - automne 1984
Il va sans dire que je vivais une familiarité avec Dieu que je n'avais jamais soupçonnée auparavant comme étant possible, et qui était accessible à quiconque voulait le rencontrer dans la prière, la recherche, l'écoute et la disponibilité du cœur. C'est l'état d'esprit dans lequel s'est effectuée ma préparation pour l'entrée au séminaire.
Je m'étais rendu au Collège des Dominicains à Ottawa pour entamer mes études avec l'intention ferme de devenir prêtre. Je ressentais une paix et une joie intérieure. L'arrivée au séminaire était une étape importante dans l'aventure que je vivais.
Le séminaire était une université à taille réduite. En peu de temps, j'avais fait connaissance avec la plupart des gens que j'allais côtoyer. Il y avait en tout une soixantaine d'étudiants à temps plein, des frères dominicains, plusieurs garçons et filles laïcs, une douzaine de personnes qui constituaient le corps professoral, et une trentaine d'autres résidants à temps plein. Ma chambre se situait à l'étage des étudiants qui n'étaient pas membres de la communauté des Dominicains.
Bien des gens me demandaient qui j'étais, d'où je venais, quel était le cheminement qui m'avait conduit jusque-là, pourquoi je voulais devenir prêtre. Je répondais en toute spontanéité, en toute innocence et en toute naïveté que je voulais devenir prêtre parce que le Bon Dieu m'avait demandé de le faire, croyant à ce moment-là que tous avaient reçu un appel semblable. Et je citais souvent comme exemple à l'appui la prophétie qui avait été dite lorsque les gens avaient prié sur moi le matin du 27 mai 1984. Je croyais que l'appel de Dieu pour la consécration à son service se faisait d'une façon similaire pour tout le monde. Je m'imaginais que la plupart des gens qui suivaient une démarche vers le sacerdoce étaient en mesure de fournir une collection personnelle d'anecdotes sur un appel et sur des signes à l'appui.
Le genre d'histoire que je racontais n'était pas si ordinaire au Collège. Le Renouveau charismatique n'y était pas bienvenu. Il est vrai que la plupart des Dominicains que j'ai connus n'avaient pas fréquenté le Renouveau, qui est apparu au Québec dans les années 1970. Bien que le Saint-Siège à Rome eût créé une commission spécialement pour encadrer le Renouveau Charismatique à travers le monde, un certain nombre de personnes dans l'Église ne veulent rien entendre, et ils étiquettent toute manifestation des dons de l'Esprit Saint comme de la folie et de l'hystérie. Moi, j'avais une approche plus empiriste : je me basais sur ce que je voyais, sur ce que je savais, sur l'expérience plutôt que sur l'impression, sur l'observable plutôt que sur la culture.
Je me suis choisi un directeur spirituel, soit le prêtre vicaire de la paroisse. Relativement jeune (au milieu de la trentaine), il exerçait un ministère paroissial. Je l'ai rencontré à son bureau, le 24 septembre 1984, et je lui ai raconté pendant environ deux heures mon cheminement spirituel. J'avais raconté en détail ce qui représentait pour moi l'expérience la plus symbolique de ce que je vivais, c'est-à-dire la prophétie et les recommandations qui avaient été faites lorsque les gens avaient prié sur moi à Rouyn-Noranda, au matin du 27 mai 1984. Le Père m'a encouragé à continuer à prier.
Quand je suis retourné à ma chambre ce soir-là, j'ai repensé à des choses que j'avais vécues et qui m'étaient très présentes dans la mémoire, du fait que je venais de les raconter, dans un plan d'ensemble. J'ai médité cela un bout de temps, me questionnant sur ce que l'avenir me réserverait, à ce que Dieu avait en vue pour moi, dans un ministère éventuel. J'étais en paix, avec une joie tranquille. Quand je me suis couché, j'ai pris mon Nouveau Testament, en anglais (Good News for Modern Man), juste pour lire quelques paragraphes avant de me coucher pour la nuit. Je l'ai ouvert, et j'ai commencé à lire. Je suis arrivé, au hasard, sur les lignes qui suivent : (1Tim 4,11-16)
'Recommande et enseigne tout cela. Ne laisse personne te mépriser parce que tu es jeune, mais sois un exemple pour les croyants, dans ta façon de parler, ta conduite, ton amour, ta foi et ta pureté. En attendant que je vienne, applique-toi à lire publiquement l'Écriture, à prêcher et à enseigner. Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t'a été accordé lorsque les prophètes ont parlé et que les anciens ont placé les mains sur toi. Aie soin d'accomplir cette tâche et de t'y donner entièrement, afin que tous voient tes progrès. Prends garde à toi-même et à ton enseignement. Demeure ferme dans tout cela. En effet, si tu agis ainsi, tu sauveras aussi bien toi-même que ceux qui t'écoutent.’
Ces paroles avaient été inscrites dans un document rédigé aux débuts du christianisme. En lisant cela, j'ai constaté que le destinataire avait vécu une expérience semblable à la mienne, par la phrase : Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t'a été accordé lorsque les prophètes ont parlé et que les anciens ont placé les mains sur toi. Pour moi, une expérience très similaire remontait au 27 mai 1984. Rien n'annonçait à l'avance que je lirais ces quelques lignes, au hasard. Je crois que je me suis endormi en souriant ce soir-là.
Trois ou quatre jours plus tard, je nettoyais ma chambre en attendant le premier cours de la journée. Je repensais à tout cela, c'est-à-dire à la prophétie qui avait été dite pour moi à Rouyn-Noranda le matin du 27 mai 1984 et ce que j'avais lu dans la Lettre à Timothée. Je songeais aussi, de par le fait que je plaçais mon lit, balayais et rangeais mon linge, à ce que pouvait être une journée ordinaire dans la vie de la Sainte Famille à Nazareth. Quelles auraient pu être les conversations lors des repas, quelles étaient les rapports entre eux et avec les voisins? Quel genre de travail pouvait-elle effectuer durant une journée? Je pensais aussi aux merveilles que j'avais vues et vécues, et je me souvenais qu'il était écrit que Marie (Luc 1,51) méditait ces choses en son cœur. Après que j'eus fini, je me suis assis à mon bureau et j'ai pris mon Nouveau Testament, en français cette fois-ci (Bonnes Nouvelles Aujourd'hui). Je l'ai ouvert, juste pour lire pendant quelques minutes avant de descendre pour mon cours. Je l'ai ouvert au hasard, et j'ai lu : (1Tim 4,11-16) :
'Recommande et enseigne tout cela. Ne laisse personne te mépriser parce que tu es jeune, mais sois un exemple pour les croyants, dans ta façon de parler, ta conduite, ton amour, ta foi et ta pureté. En attendant que je vienne, applique-toi à lire publiquement l'Écriture, à prêcher et à enseigner. Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t'a été accordé lorsque les prophètes ont parlé et que les anciens ont placé les mains sur toi. Aie soin d'accomplir cette tâche et de t'y donner entièrement, afin que tous voient tes progrès. Prends garde à toi-même et à ton enseignement. Demeure ferme dans tout cela. En effet, si tu agis ainsi, tu sauveras aussi bien toi-même que ceux qui t'écoutent.’
Bien que la lecture fut prise dans la version française de Nouveau Testament ce matin-là, j'étais arrivé par coïncidence sur le même texte que j'avais lu dans le Nouveau Testament (Good News for Modern Man) en anglais, à peine trois ou quatre jours auparavant. Je savais qu'il ne s'agissait pas d'une simple coïncidence. J'y voyais un encouragement à continuer dans ma démarche. Je répondais à un appel, et je recevais des encouragements à le faire.
J'ai écrit une lettre à une dame âgée que je visitais de temps à autres à Val-d'Or, Mme Blanche Beaudry. J'avais raconté dans ma lettre ce que je vivais au Collège. J'avais aussi noté dans ma lettre le lien entre la prophétie du 27 mai 1984 et la coïncidence des deux textes, en anglais et en français, sur lesquels je suis arrivé par un pur hasard, dans la Première lettre à Timothée. J'ai photocopié cette partie de la lettre, et je l'ai rajoutée en annexe à deux autres lettres que j'expédiais, une à une amie de Sherbrooke, l'autre à une amie de Matagami, en l'occurrence Sylvie Garant, qui y enseignait dans une polyvalente. J'ai écrit ma lettre le 14 octobre 1984. Je vais reproduire ici textuellement ce que Sylvie m'a répondu dans sa lettre suivante (datée du 23 octobre 1984) :
'Je veux te remercier sincèrement pour les prières que tu m'as envoyées, de même que pour cette partie de ton témoignage. Je lisais tout cela l'autre jour, et ça me parlait beaucoup. Surtout la prière où l'on dit que l'on abandonne "même votre réputation" (...) J'ai donc lu attentivement ta lettre, j'ai accueilli ton témoignage, j'ai médité les prières. Le soir, j'ai ouvert deux livres: ‘Ma vie, c'est le Christ’ et ‘Nourriture Spirituelle’. Voici les messages intégraux :
(Extrait de Ma vie, c'est le Christ)1) "Je t'ai donné l'exemple." Es-tu miséricordieux? Peux-tu être gentil et patient? Viens au Calvaire. Écoute les coups de marteau qui enfoncent les clous dans mes poignets et mes pieds. Vois le sang et les contractions de mes membres torturés. "Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu'ils font."Écoute les sarcasmes des spectateurs, les moqueries des passants, les blasphèmes du larron qui est à ma gauche. Et maintenant, écoute l'acte de foi et de contrition du bon larron: "Jésus, souviens-toi de moi". Puis écoute ma joyeuse réponse : "Je te le dis, aujourd'hui même, tu seras avec moi, en paradis". Je t'ai donné l'exemple...pardonne (Page 58).(Extrait de Nourriture Spirituelle)2) Le Seigneur nous a donné l'exemple; que peut-on faire de mieux que de marcher sur ses traces?"
Je trouvais un peu curieux le fait que, par deux fois, Sylvie avait ouvert et trouvé, par hasard, des textes portant sur Je t’ai donné l’exemple et Le Seigneur nous a donné l’exemple. Je l’ai noté mentalement, mais je n’y a pas repensé, n'y prêtait pas d'attention.
Je fais un saut dans le temps ici pour raconter qu'au mois de janvier 1985, je me suis trouvé pour la nuit un vendredi soir dans les locaux de Témoignage Jeunesse à Noranda, un appartement qui occupait l'étage du haut du presbytère de la paroisse Notre-Dame-de-Protection. Dans le salon, le lendemain, un samedi matin, je feuilletais la revue L'Église Canadienne datée du 3 janvier 1985. J'y ai lu un article sur une rencontre qui avait eu lieu à Rome au début d'octobre 1984, soit la retraite mondiale pour les prêtres. Le Père Émilien Tardif fut l'un des conférenciers. Une autre conférencière fut Mère Térésa de Calcutta. Elle s'était adressée aux 6000 prêtres, évêques et cardinaux présents et elle leur a dit essentiellement que le monde avait besoin de prêtres porteurs et révélateurs de Dieu. Et elle a donné son enseignement à partir de deux citations bibliques :
Extrait de l'Église Canadienne, page 278 du 3 janvier 1985 :
'Le mardi 9 octobre était déjà le dernier jour de cette retraite. Envoyés par le Christ en tant que modèles de sainteté, voilà un thème exigeant, mais qui découle de Jean 13,15 : "Je vous ai donné l'exemple", et de 1Tim 4,12 : "Montre-toi un modèle pour les croyants, par la charité, la foi, la pureté". Qui d'autre que Mère Térésa pouvait donner cette conférence avec autant d'à-propos. Elle a parlé de l'ardent désir du peuple de Dieu d'avoir des prêtres saints et je la cite : "Le monde a faim de Dieu. Ce Jésus que vous avez reçu, donnez-nous le! Vous n'êtes pas prêtres pour accomplir un service social, mais pour donner Jésus au peuple. Soyez saints de telle sorte que nous puissions voir Jésus à travers vous". Le poids de ces paroles trouve sa valeur dans la simplicité, l'humilité et... la sainteté de celle qui les a prononcées. L'enseignement de la retraite s'est terminé par ce coup de force.'
Quand j'ai lu cette partie de l'article, j'ai pensé à la lettre que j'avais envoyée à Sylvie, à Matagami, et qui racontait comment j'étais arrivé sur 1Tim 4,11-16 en deux occasions, dans un court intervalle, et qui relatait une expérience que j'avais vécue moi aussi. J'ai pensé à la lettre que Sylvie m'avait envoyée quelques jours plus tard, et qui relatait comment elle est arrivée sur Le Christ nous a donné l'exemple, en deux occasions, coup sur coup.
Bon, voilà que nous avons des emprunts de thématiques de ces textes, « Je vous ai donné l’exemple », dit Jésus à ses disciples, et « Montre-toi un modèle pour les croyants », ce dernier extrait du même paragraphe de 1 Tim 4.
Quelles sont les chances, mathématiquement parlant, d’arriver par hasard sur deux textes à Ottawa (dans deux volumes différents, dans deux langues d’écriture différentes) qui se réfèrent à l’imposition des mains et à une parole prophétique sur un jeune homme, Timothée, et ensuite deux textes à près de 700 kilomètres de là, à Matagami QC, qui disent que Jésus Christ nous a donné l’exemple, et ensuite que ces deux mêmes affirmations soient reprises, par un hasard total, par Mère Térésa à Rome, dans les mêmes jours +/- (j’ai écrit à Sylvie le 14 octobre, Mère Térésa avait présenté son allocution le 9 octobre, cinq jours plus tôt). Je reviens aussi avec ma question-guide : est-ce que ces coïncidences sont liées, et si lien il y a, d’où vient l’initiative?
Quelle merveille de constater que Mère Térésa avait utilisé ces deux mêmes citations pour enseigner aux prêtres à Rome sur la nécessité de la sainteté. J'y voyais que le même Esprit qui m'accompagnait à Ottawa m'avait donné des reflets de son action à Matagami et ... à Rome, de l'autre côté de l'océan Atlantique.
Mère Térésa est une figure prophétique, sa vie entière étant un franc témoignage, où elle avait intégré sans compromis les enseignements de Jésus, à aimer les autres comme soi-même, à faire aux autres comme on voudrait qu'il nous soit fait.
À mon humble avis, l'échange des textes qui sont repris dans un enseignement relève du merveilleux, voir du miraculeux. Au fait, le mot Miracle signifie, à l'origine, Signe.
Et si miracle il y a eu, permettez-moi d’inclure cette note en bas de page : l’Esprit Saint s’intéresse à ce qu’un appel à la sainteté soit livré aux catholiques, aux prêtres catholiques, à l'Église catholique.