Aller au contenu

8 Je retourne à moi-même - 1986-1987 - Mathieu 28, 20 - Je suis avec vous, tous les jours

Matthieu 28, 20 - Je suis avec vous, tous les jours.
8 - Je reviens à moi-même

La réflexion se continue
 
 

Le mois de septembre 1986 arriverait bientôt, et je n'avais pas encore décidé de ce que je ferais rendu à l'automne. Du côte de mon travail, mon employeur m'avait avisé que, si je désirais rester à la mine à l'automne, je serais le bienvenu. J'aurais un poste d'arpenteur à temps plein à environ $32,000.00 par année (en 1986), si je le désirais. Je me souvenais que, lorsque je travaillais comme arpenteur, je pouvais vérifier, qualifier et quantifier le travail que j'exécutais, et la vie m'était drôlement moins compliquée qu'elle pouvait l'être maintenant.

 
 
Est-ce que je peux dire que j'avais encore la foi? Tout ce que j'avais n'était que des souvenirs d'événements qui me disaient que je n'étais pas seul dans ma démarche, contrairement à ce que l'entourage, ou moi-même, pouvait me porter à croire. Le problème, c'est que je ressentais cela uniquement au niveau de l'intelligence; mon cœur n'y était pas, ou du moins, n'y étais plus. J'en avais ras-le-bol de chercher à comprendre les divergences d'attitudes et d'opinions des gens qui se croyaient guidés par l'Esprit Saint, ou du moins, prétendaient l'être. L'incertitude dans ce que je vivais prenait trop d'ampleur pour que je puisse dire que je menais cela dans un climat sain. Ma motivation se réduisait de jour en jour. Le moment de décider approchait.

 
 
J'ai décidé alors de faire un bilan, et chercher à être rationnel et impartial dans mes observations pour analyser ce à quoi j'en étais rendu.
 
 
En devenant prêtre, je recherchais essentiellement un moyen de porter témoignage de la réalité de Dieu et de l'expérience que j'en avais faite. Porter un témoignage authentique, cela se traduirait par le don aux autres de l'espérance. Je cherchais à contribuer à l'enclenchement chez les autres du processus de l'apprentissage de Dieu, un cheminement de foi.

 
 
D'autre part, j'avais été assailli par des doutes à cause de ce que je voyais autour de moi. Serait-ce sage pour moi de continuer vers la prêtrise? Avec ce que cela comporte de sacrifice, est-ce que j'avais encore la foi que cela prendrait pour que mon don se fasse dans la joie? Je n'en avais plus le goût, pour dire le moins. Le rêve s'éteignait, si ce n'était pas déjà fait.

 
 
Je me trouvais donc dans une impasse. Y aurait-il moyen de repenser ce que je faisais? Je ne voulais pas continuer vers la prêtrise, mais je ne voulais pas non plus reléguer aux oubliettes l'expérience mystique que j'avais vécue et que je considérais toujours comme authentique.

 
 
Je ne peux pas dire que les obstacles qui me ralentissaient étaient tous extérieurs à moi-même. J'ai beau dire que j'avais un souvenir amer des oppositions auxquelles je me suis heurtées dans mes études, et que l'alcoolisme de ma mère me décourageait (elle était totalement dominée par la boisson à cette période, et son problème s'était amplifié, par coïncidence, lorsque j'avais entrepris mes études pour la prêtrise. En 1986, son comportement était pathétique). La réception de l'entourage me faisait penser que je serais un vrai insignifiant comme prêtre. Tous ces obstacles sont surmontables si on n'y prête pas un excès d'attention.

 
 
Le fait de vivre le restant de ma vie sans contact direct avec une personne qui m'aime, sans l'encadrement d'une vraie famille, ne m'attirait guère. Je n’avais aucun attrait pour vivre dans le silence d’un presbytère. La perspective du célibat consacré me donnait le vertige.

Je cherchais un moyen de communiquer ce que j'avais appris sur Dieu. J'avais une expérience à raconter, et je savais que le plan de Dieu pour moi se réaliserait par cela. Ce que je recherchais le plus, c'est la possibilité de rendre témoignage à Celui qui m'avait accompagné dans mon cheminement de foi.

 
 
Par contre, quand je songeais aux possibilités de me donner au service de l'Église en tant que diacre permanent, avec en moins l'obligation au célibat, je respirais. La montagne d'incertitudes, de doutes et de craintes qui monopolisaient ma réflexion devenait une simple colline, facilement franchissable, lorsque je soustrayais du "pour et du contre" l'élément du célibat obligatoire. Et les perspectives d'avenir me paraissaient drôlement moins pessimistes.

 
 
Aussitôt que j'avais pensé à la perspective du diaconat, j'ai senti comme si un poids était enlevé. C'était comme si j'avais réussi à solutionner un problème très complexe, comme si j'avais réussi à placer l'ensemble des pièces d'un casse-tête. Aussi, il m'était revenu à l'idée le souvenir d'un bout de phrase qui avait été rajouté à une parole de prophétie dite deux ans auparavant (voir page 75), et qui comportait un élément… de mystère : "Mais suis ton cœur…". Je n'avais pas réfléchi auparavant sur la signification à rattacher à cette Parole, ou encore sur la raison pour laquelle cela avait été dit, ou même de le situer dans le contexte. Se pouvait-il que la tournure des événements était déjà prévisible, en 1984.

 
 
Selon mon bilan personnel de la situation, j'ai décidé que, si je prenais tout en considération, la possibilité de devenir diacre permanent me conviendrait fort bien.

 
 
Je me souviens, comme si c’était filmé, du moment où j’avais, pour la première fois, considéré l’option du diaconat. C’était vers la fin du mois d’août 1986. Un moment de joie, une espèce d’euphorie, s’est manifesté dès que j’avais pensé les mots « je pourrai devenir diacre ».

 
 
Le diacre peut vivre une vie de famille, en tant qu’époux et père, et il est officiellement mandaté par l'Église pour assister le prêtre dans sa tâche. Le diacre assiste le prêtre dans la plupart de ses fonctions, et les seules restrictions qui distinguent le diacre du prêtre sont le fait qu'il ne peut consacrer les Saintes Espèces pour l'Eucharistie et qu'il ne peut donner l'absolution pour les confessions. Pour ce qui est des autres tâches traditionnelles, le diacre peut les remplir : celle qui m'intéresse le plus serait de pouvoir enseigner et prêcher au nom de l'Église, au service de Dieu.
 
 
Quelques jours plus tard, alors que je roulais en auto, seul, tard la nuit, je réfléchissais à ce qui adviendrait de ce que je voyais comme des signes évidents d’un appel à la prêtrise. J’y voyais alors, comme aujourd’hui, des manifestations de l’action de l’Esprit Saint. J’avais vécu des événements que je garderai en mémoire pour le reste de mes jours, des événements que je médite dans mon cœur, encore aujourd’hui. Seront-ils relégués à être oubliés, des curiosités sans lendemain. Me vient alors à l’esprit, au fil de ma pensée, les mots suivants : « je pourrai toujours écrire un livre. » Comme pour le diaconat, aussitôt pensé, aussitôt un moment de joie, une espèce d’euphorie, s’est manifesté dès que j’avais pensé les mots « je pourrai toujours écrire un livre ».
 

 
En 1987, j'avais décidé d'interrompre définitivement la démarche vers le sacerdoce. Ce fut mon choix, libre et volontaire. Dans les faits, en aucun temps est-ce que l'intention première avait été de devenir "Monsieur le Curé": prêtre, oui, surtout pour annoncer Jésus, tel que révélé, et non pas pour hériter d'une charge paroissiale. Je reconnais que l'appel à la mission était authentique, que l'expérience mystique n'était pas de l'imagination ou de l'illusion. J'en reconnais aussi la richesse personnelle, au niveau de la croissance, de l'apprentissage et de la formation.
 
 
Quels sont les éléments qui sont entrés en ligne de compte, pour en arriver à la décision? Un seul comptait, en réalité : je n'avais pas l'envie ou encore la motivation de persévérer.

 
 
Il y a eu une période de temps où la "joie intérieure", ce que l'on cherche à partager en tant que chrétien, avait été remplacée par l'aridité et un sentiment d'emprisonnement, d'être pris dans un étau qui se resserre. L'état d'esprit qui figurait à mon quotidien en 1986 n'était pas le genre d'expérience que je chercherais à partager. Pourquoi partager avec d'autres un cheminement dont le résultat était, à l'été de 1986, ce sentiment malheureux d'incertitude, de doute.

 
 
Ma confiance avait été minée par les contradictions qui se reflétaient dans plusieurs plans. Avec pour toile de fond le constat que l'interrogation religieuse de base (y a-t-il un sens à la vie, d'où provient le phénomène de la vie sur Terre, y a-t-il un plan d'ensemble, Dieu existe-t-il?) résulte en un nombre presque incalculable de perspectives et de croyances (des gens en recherche de sens, ou non, qui se satisfont des réponses qu'ils se sont donnés, ou qui leur ont été donnés), je devais composer avec des contre témoignages en quantité véhiculées dans l'histoire de l'Église et dans l'histoire du christianisme en général, et je devais aussi composer avec une myriade de croyances et de pratiques religieuses qui pouvaient se retrouver à l'intérieur même de la chrétienté contemporaine.

 
 
Pour donner suite à tout cela, ce que la culture religieuse ambiante me demandait, c'était le don total de ma personne : je deviendrai éventuellement la propriété d'un diocèse ou d'une communauté religieuse, dans un cadre de vie où les résultats, au niveau de la pastorale, étaient déjà déprimants.

 
 
Dans un contexte où ma confiance était déjà ébranlée par ce que j'observais à l'extérieur de mon expérience personnelle, l'agressivité démontrée à mon égard par quelques professeurs de Théologie, à Ottawa, avait été le point culminant de l'adversité, le "coup de masse", qui a commandé le recul que j'ai choisi de prendre.

 
 
La perspective de devenir diacre m'avait procuré en quelque sorte une porte de sortie, une façon de prendre du recul sans que ce soit interprété par l'entourage comme étant un rejet de la foi.

 
 
J'ai appris, quelques années plus tard, que les diocèses en Abitibi avaient choisi de ne pas procéder à des ordinations diaconales, à moins que cela ne soit effectué que dans le cadre d'une préparation à la prêtrise. Ainsi soit-il.

 
 
Les années allaient suivre leur cour. Personnellement, je choisirai, du mieux de mon expérience et de mes connaissances, la voie à suivre.

 
 
Malgré mon approche empiriste (en me basant sur du vérifiable) et mon expérience personnelle, ma foi ne tenait qu'à un fil en 1986. Au fait, le fil a dû être solide, car je reconnaissais tout de même l'authenticité de mon expérience. Les épisodes racontés dans ce livre sont gravés pour toujours dans ma mémoire, je m'en souviens comme si tout avait été filmé.

 
 
J'allais apprendre des choses sur la dimension relationnelle de l’amour, en parallèle avec la rédaction de ce livre.

 
 
J'ai épousé Sylvie, après avoir repris les fréquentations avec elle à partir de l'automne de 1986. À l'intérieur de mon expérience religieuse, j'avais intégré un ensemble de valeurs que je conserverai pour le reste de mes jours, au niveau de l'importance relative à accorder au respect des autres et à la vie de famille. En tant que partenaire dans une aventure de vie, dans un contexte de don mutuel, dans l'amour et la confiance, je sais que, quoi qu'il advienne, ma vie aurait été une réussite, surtout parce que j'ai choisi de donner le meilleur de moi-même, pour le bien-être équilibré de mes enfants et de mon épouse. Considérant la valeur relative des choses, j'avais ainsi choisi de miser sur une valeur sûre.

 
 
Ici serait un bon endroit pour vous faire une confidence. Au moment où j’écris ces lignes, (mars 2026), il n’y a qu’une seule personne à qui j’ai fait cette confidence, et cela l’a fait sourciller, et pas à peu près. Mon épouse Sylvie est la seule à qui je l’ai racontée, et ce, après près de trente ans de mariage (il me semble que je lui en ai parlé il y a quelques années, vers 2018, et même peut-être plus tard). Voici :

 
 
À l’automne de 1987, le projet de mariage allait bon train, dans le sens que moi et Sylvie en discutions, et nous étions sur le point d’en faire l’annonce à nos familles et amis. Toutefois, j’ai noté en cours de réflexion que je n’avais pas pris conseil ou demandé l’avis, en prière, à celui que je voulais comme maître de mon destin. Pour le dire simplement, j’avais omis d’en parler au bon Dieu. Or, dans un moment de prière alors que j’avais pris conscience de ce manque de considération, j’ai pris mon Nouveau Testament, dans un moment de demande d’orientation sur le projet de mariage, et je suis arrivé sur un texte qui parlait… du don total, au service de la Parole! Toutefois, ma réplique, très intérieure, était : « J’ai déjà tenté l’expérience, et je me suis trouvé vraiment malheureux. Non, ce serait de nier l’expérience vécue que de tenter de nouveau, je vois déjà l’impasse. C’est non, pour moi. » J’ouvre une deuxième fois mon Nouveau Testament, et j’arrive sur un autre texte (je n’ai malheureusement pas retenu les citations, livre, chapitre, versets) qui parlait aussi… du don total au service de la Parole. « Bon sang, lui dis-je en prière, « Tu au l’air d’insister, mais pour moi, c’est non. » J’ouvre une troisième fois, et je lis ceci : « Il vaut mieux se marier que de brûler de désir ». J’ai senti comme une résignation dans la façon que cette dernière parole est arrivée. Et ma réplique intérieure a été ceci : « Bon, là, je pense que nous avons une entente ». J’avais noté, plusieurs années plus tard, que cet épisode de prière avait eu alors que les scandales de nature sexuelle allaient éclater et éclabousser l’Église. Les méfaits d’un pourcentage des prêtres étaient sur le point d’être révélés au grand jour. Voilà pour la confidence, et je reviens à mon récit.
(à suivre)

 
 
Retourner au contenu