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2 Appel 1983 - Mathieu 28, 20 - Je suis avec vous, tous les jours

Matthieu 28, 20 - Je suis avec vous, tous les jours.
Appel en 1983

(mais auparavant, une petite pause en décembre 1979) :

Mère Térésa
 
En soirée du 10 décembre 1979, en faisant route vers Rouyn-Noranda, à partir de Belleterre, je méditais, seul en auto, sur un événement qui se serait produit en janvier 1962, et dont j'avais entendu parler quelques semaines plus tôt.

Quelques jours avant d'accoucher de son quatrième enfant, une jeune mère (elle n'avait alors que vingt ans) se sentait déprimée et découragée devant l'immense tâche que représentent les soins de tous ces petits (les enfants étaient âgés de quatre, trois et un ans, en plus de l'enfant à naître).

À son réveil un matin lors de son séjour à l'hôpital pour l'accouchement, la jeune mère a eu la visite d'une très belle dame.  Elle était debout, près de son lit, et elle semblait attendre son réveil.  La dame lui a souri, et lui a dit :

"Ne te décourage pas avec ces enfants.
Tous ces enfants viennent de Dieu."

Elle lui a souri, et elle est disparue aussitôt.

Je méditais sur ce qui avait été dit, tout en conduisant.  J'ai allumé la radio de l'automobile pour écouter les nouvelles de soirée, vers 19h00.  Par un pur hasard, à l'allumage de la radio, c'était la voix de Mère Térésa que portaient les ondes.  J'ai appris qu'elle livrait alors son discours d'acceptation du Prix Nobel de la Paix.  Au moment où j'ai allumé la radio, elle donnait ses vues sur le phénomène de l'avortement.  Mère Térésa a dit ceci : «Ces pays qui permettent cela, ils ont peur des petits bébés, des petits enfants.  Ne le savent-ils pas ?  Tous ces enfants viennent de Dieu».
 
C'est peut-être la seule fois où j'ai entendu Mère Térésa utiliser un ton moins doux, voir même fâché.  Mais ce que j'avais trouvé le plus frappant, c'est que le récit que je méditais quelques instants auparavant correspondait textuellement, mot pour mot, avec les mots que Mère Térésa avait utilisés. Coïncidence liée?

Le Congrès Charismatique à Ottawa en 1983

Quelques années s'étaient écoulées depuis l'automne de 1978.  J'avais vécu des périodes de piété intenses, mais il y avait eu des périodes de tiédeur, à vivre parmi le monde, à faire comme les autres.  J'avais un sentiment d'ennui, une lassitude face à l'expérience de jeune adulte dans un contexte de vie essentiellement matérialiste. Au printemps de 1983, j'étais mûr pour un changement de perspective.

Le vendredi 24 juin 1983, je me suis rendu à Ottawa avec deux autres personnes (une amie, Chantal, et un garçon du nom de Joël) pour assister au Congrès Charismatique d'Ottawa. Le congrès se tenait dans un amphithéâtre pouvant contenir environ 10,000 personnes (Lansdowne Park, à Ottawa) et qui avait été presque rempli à capacité. Le samedi matin, nous avions eu droit à l'annonce d'une guérison, une personne s'étant levée de son fauteuil roulant.

Lors de la pause pour le dîner du samedi matin, 25 juin 1983, Chantal s'est rendue dans une salle où l'ostensoir contenant le Saint Sacrement était exposé.  Elle vivait une peine d'amour, et je savais qu'elle priait à une intention spéciale.  Je me suis rendu dans cette même salle pour prier peut-être une dizaine de minutes plus tard.  Quand j'y suis arrivé, il n'y avait plus de chaises disponibles.  Je me suis mis à genoux, près de la porte, à l'arrière.  J'ai prié intérieurement, en silence.  Je remerciais le bon Dieu pour les guérisons que nous avions vues.  J'ai dit une prière d'offrande aussi, spontanée, offrant les cicatrices d'acné sur mon visage (j'avais secrètement espéré une guérison) pour que la grâce soit obtenue que Dieu soit révélé à d'autres, comme il m'avait fait cette grâce de pouvoir commencer à le connaître et à savoir qu'il nous aime, et qu'il nous veut près de lui, dans son amour.

J'ai remarqué que Chantal se trouvait assise à l'avant, directement en face de l'ostensoir, à quelques pieds seulement devant le Saint Sacrement. Elle était assise, mais elle levait la tête, bougeait lentement de gauche à droite, montait et baissait la tête, toujours en regardant droit vers l'ostensoir et l'hostie qu'il contenait.  J'ai pensé que c'était un geste inconscient qui démontrait une supplication intense dans sa prière.  J'ai donc dit un Notre Père à ses intentions, j'ai fait le signe de croix, et je suis sorti de la salle.  Chantal nous a rejoint cinq ou dix minutes plus tard.  Quand elle est arrivée, elle avait l'air toute émerveillée, comme si elle n'en revenait pas de ce qu'elle avait vu lors de l'avant-midi. Nous sommes allés manger ensuite dans un petit restaurant mexicain non loin du stade.

L'après-midi du congrès était très intéressant aussi.  Il y a eu des conférences et des témoignages de guérisons.  A la fin de l'après-midi, à la pause, nous marchions dehors, et Chantal nous a raconté ce qui s'était passé lorsqu'elle priait devant le Saint Sacrement, sur l'heure du midi.

Elle nous a raconté qu'elle s'était assise devant l'ostensoir, car elle était arrivée dans la chapelle alors que la salle était presque vide.  Elle s'était recueillie pour prier. Quelque temps après, pendant sa prière, elle a remarqué que, dans l'hostie, se dessinait une forme qui ressemblait à une silhouette d'une personne, à partir de la poitrine en montant.  La silhouette se dessinait davantage, et elle a reconnu le visage de Jésus dans l'ostensoir.  Croyant que cela était dû à l'effet d'un jeu d'ombrages et de lumières, elle se déplaçait la tête pour changer son angle de vision, de gauche à droite, de droite à gauche, de haut en bas, mais la figure restait la même.  Quelques secondes plus tard, elle a cru reconnaître la présence de Marie, la mère de Jésus, dans une forme semblable à celle de Jésus.  Elle n'en croyait pas ses yeux.  C'est alors que je lui ai dit que j'étais entré dans la même salle quelques minutes après elle, et que j'en étais ressorti avant elle, sans qu'elle ne s'en aperçoive, à cause de nos places respectives, elle qui était dos à moi et à l'autre bout, à l'arrière de la salle.  Je lui ai dit que j'avais remarqué les mouvements qu'elle avait faits, mais je n'aurais pas pu deviner qu'elle voyait quelque chose qui sortait de l'ordinaire.  Elle m'a remercié de lui avoir dit cela, car si je n'avais pas été témoin de ses mouvements, elle aurait cru que l'épisode n'était qu'un rêve, cela étant si extraordinaire.  Nous avions discuté de ce que cela pouvait signifier.  Ma conclusion était que Jésus lui avait donné un message d'amour, tout simplement, du genre : Tu pries. Je suis là. J'écoute. J'entends. Ne t'inquiète pas, je t'aime.

Nous nous sommes séparés pour quelques minutes et nous nous sommes donnés rendez-vous à la librairie de vente de livres religieux. Je me suis retrouvé seul, et je réfléchissais à ce que Chantal m'avait raconté, en faisant le lien avec l'affirmation que Dieu est Amour. Je regardais les titres des livres en vente sur les étalages. Je suis arrivé sur une biographie de Saint François d'Assise. Une reproduction d'une très vieille gravure de Saint François figurait sur la page couverture.

J'ai regardé l'image de Saint François, en pensant à la façon la plus totale avec laquelle il avait donné sa vie au Bon Dieu, dans une pauvreté totale et volontaire. C'est alors que, spontanément, sans aucun effort de ma part, est montée à partir de la région de ma poitrine, de mon cœur, une voix intérieure qui m'a dit :
"Tiens, Claude, c'est  ta place."
La voix avait dit cela tout doucement, sans aucun empressement, mais ne venait définitivement pas de moi-même.  J'ai eu un sentiment de quelque chose d'indescriptible dans ma poitrine, un mouvement vers le haut partant de la région de mon cœur pour atteindre mon intelligence.  Ayant conscience que cela provenait de l'extérieur de moi-même, je savais que je vivais alors une expérience mystique très profonde, que j'étais en face de quelque chose que je pourrais appeler La Vérité, et qui m'avait communiqué quelque chose, dans un langage et selon un symbolisme que je pouvais comprendre.  L'expérience était très émouvante, et je ressentais que la présence de Dieu était plus réelle, plus vraie, que l'air que je respirais.

Je venais de vivre quelque chose d'intense qui me remplissait de joie, de confiance, et je trouvais que la vie était une très belle chose, à cause du Bon Dieu.

Pouvais-je être un de ceux qui pouvaient faire le don total ?  Avais-je toutes les capacités pour qu'avec l'aide du Bon Dieu, une vocation religieuse soit la place où le plan de Dieu se réaliserait le mieux en moi ?  Étais-je en préparation pour une mission dans une vocation religieuse ?

Ces questions me trottaient dans la tête, mais dans un climat de confiance, une grande confiance.  Je ne ressentais pas de peur, pas d'angoisse, pas de déchirement face au don total, corps, âme et esprit, au service de Dieu.

Lorsque les deux autres personnes qui m'accompagnaient (Chantal et Joël) sont revenues, nous sommes allés souper dans un restaurant chinois de la rue Bank.  Je me sentais bien, libre, avec la pensée que je pouvais faire le don total.  Le monde avait un aspect nouveau.  Plutôt que de vivre selon les préceptes d'une société de consommation, je pourrais servir à répandre la Bonne Nouvelle de la Vie en Jésus Christ, en servant d'instrument au Bon Dieu.  Se pouvait-il que Dieu m'accompagnait sur mon chemin, et me lançait maintenant une invitation à le suivre ?  Je croyais que oui.  Et si l'appel venait réellement de Dieu, il y avait lieu de n'avoir aucune inquiétude : j'avais confiance en sa Sagesse.  L'idée d'une vocation féconde m'enthousiasmait.  Je tenais cela près de moi pour le restant de la soirée.  C'était un samedi en fin d'après-midi, le 25 juin 1983.

La réflexion s'amorce

De retour à mon travail, le lundi matin, un élément nouveau s'est introduit dans mon quotidien. Je savais que j'étais un de ceux qui pouvaient tout abandonner pour servir le message évangélique, pour servir le Dieu vivant. Je me sentais libre et heureux devant cette perspective.

J'avais appris aussi, à l'été de 1983, que je pouvais vivre la chasteté religieuse, par un choix délibéré et volontaire.  De façon réfléchie, je m'étais volontairement soustrait à une occasion de profiter d'une situation qui, seulement encore quelques mois plus tôt, aurait été recherchée. L'expérience m'avait démontrée que j'étais en mesure de vivre la chasteté de façon saine, ce qui a fait tomber un obstacle. Les deux allaient de soi, selon mon évaluation des besoins et des dispositions pour la prêtrise.

L'été de 1983 fut une période de réflexion, de prière et de lecture.  Le mot prêtre a fait son apparition dans mes conversations en juin et juillet.

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