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3 Discernement et événements 1983 et 1984 - Mathieu 28, 20 - Je suis avec vous, tous les jours

Matthieu 28, 20 - Je suis avec vous, tous les jours.
Discernement et événements - 1983 et 1984

À l'été de 1983, j'ai entamé une période de discernement, en vue du sacerdoce. En septembre 1983, j'ai rencontré l'évêque du diocèse d'Amos, qui m'a encouragé à continuer ce discernement dans la prière et l'écoute. Pour un programme d'études, Mgr Drainville me propose au moins un an de discernement, et possiblement une entrée aux études à l'automne de 1985. En parallèle à cette démarche, les épisodes où j'ai repéré (comme dans les récits anecdotiques qui précèdent) la manifestation d'une intervention de l'Esprit Saint se multipliaient et ne se comptaient tout simplement plus. Si j'avais tenu un journal, j'aurai des entrées journalières qui se seraient cumulées. Dans le livre « Je serai avec vous, tous les jours », j'en avais relaté plusieurs, les plus parlants, les plus marquants. En voici un, qui relate et résume assez bien le climat dans lequel je vivais à cette période :

« À l'automne de 1983, je lisais et je priais beaucoup.  J'avais la certitude que mon appel au sacerdoce venait de Dieu.  Je me souviens d'un épisode en particulier où je me trouvais à une réunion de prière avec une de mes tantes, devant une sélection de livres de librairie.  Je racontais alors à ma tante qu'il m'arrivait souvent d'ouvrir la Bible au hasard, en priant, et de recevoir ainsi des encouragements dans ma démarche.  Elle m'a demandé un exemple de cela.  Or donc, dans la foi, j'ai pris une copie du Nouveau Testament et je l'ai ouvert, au hasard.  Je me souviens d'avoir ouvert le livre sur le texte de Jean 21, versets 15 et suivants :

          « Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : 'Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ne m'aiment ?' 'Oui, Seigneur', répondit-il, 'tu sais bien que je t'aime.'  Jésus lui dit : 'Prends soin de mes agneaux'. »

J'ai refermé le Nouveau Testament pour l'ouvrir de nouveau, par deux autres fois, au hasard, et je suis arrivé sur deux autres textes dont je me souviens moins bien, mais qui s'apparentaient au premier dans le sens qu'il y avait un appel. J'ai un souvenir, mais c'est un peu vague, qu'un de ces deux autres textes était Luc 9, verset 22 et suivants :

           « Et il disait à tous : 'Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive.  Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera.  Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même ?  Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges.' »

Je ne peux pas honnêtement dire que je me souviens exactement de la référence sur le troisième texte, mais je sais qu'il s'y trouvait aussi un appel.  Je me souviens que la coïncidence des thèmes des trois textes était évidente.  Pour tout commentaire, ma tante m'a dit, sur le coup : « You're making me cold. », qui se traduit par : «Tu me donnes des frissons ». »

En voici un autre :

A l'automne de 1983 j'avais relu, en français cette fois-ci, l'autobiographie de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.  Je me souviens d'avoir prié Dieu sur ma vocation, dans ma chambre chez moi, et d'avoir demandé à Sainte Thérèse de m'obtenir un signe sur ce que j'avais à faire.  Après avoir prié, j'ai ouvert l'autobiographie de Sainte Thérèse et je suis arrivé, au hasard, sur les lignes :

« Si je n'avais pas eu la vocation, je n'aurai pas persévéré. »

J'avais prié une neuvaine à Sainte Thérèse à l'automne de 1983.  C'était pour faire raccourcir le délai que cela me prendrait pour commencer les études en Théologie.  Un soir, après une rencontre de prière à Val-d'Or, une femme m'a donné une rose.  Recevoir une rose, en soi, n'est pas habituel pour un homme.  Recevoir une rose en plein milieu d'une neuvaine à Sainte Thérèse, cela indique quelque chose.  Recevoir une rose pendant une neuvaine à Sainte Thérèse est habituellement interprété, par ceux qui connaissent l'histoire de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, comme étant un signe qui confirme que le grâce demandée sera accordée.

Au printemps suivant, 1984, Mgr Drainville a entrepris des démarches pour faciliter mon admission au Collège des Dominicains, à Ottawa.  Je débuterai les études en septembre 1984, un an plus tôt que prévu.

En voici un autre :

Un soir de mars 1984, lors d'une soirée de prière, je me suis mis à réfléchir sur comment m'y prendre pour décrire le salut en Dieu dans un monde plein de conflits et d'injustices.  Je me suis dit que je pourrai décrire sur un plan philosophique comment le fait d'ignorer l'appel intérieur à la justice et au partage, l'appel de Dieu et sa volonté d'Amour, conduit inévitablement aux injustices, si l'homme est laissé seul avec son égocentrisme.  C'est alors que je méditais cela intérieurement que le prêtre qui animait la rencontre a dit ceci, sous forme de prophétie :

'À toi qui crois à la guerre, aux injustices ; crois-tu en mon Amour ?
Dans un monde où la haine peut régner, crois-tu en mon Amour ?.'

Après cette parole prophétique, je me suis mis à prier intérieurement : « Mon Dieu, je ne peux pas dire que je sais exactement ce qu'est ton amour.  Mais qui peut le dire ?  Pourrais-tu me le montrer ?  Toi seul peut le révéler.  Moi, je ne peux que chercher. »

Quelques instants plus tard, j'avais toujours à l'esprit cette prière, les yeux fermés.  J'étais placé entre l'autel et l'ostensoir exposant le Saint Sacrement, qui était placé sur le tabernacle.

J'ai alors commencé à ressentir à l'intérieur de moi comme une sorte de scintillement invisible, comme une nuit très étoilée, une espèce d'énergie vivifiante. Ensuite, j' ai ressenti très fortement, d'une intensité que je n'avais jamais connue auparavant, que j'étais en présence de quelque chose de très très grand, situé devant moi, et je ressentais que l'Amour de Dieu pour nous était immense, insondable.  Et je me sentais aimé de fond en comble.  J'avais un sentiment de bien-être et de joie complète à contempler ce que je ressentais devant moi.  Je savais alors que tout bien matériel ou temporel n'était que du vent qui passe, qu'il n'y avait pas lieu de s'y attarder, je savais combien la nécessité d'aimer était la valeur primordiale à vivre, et j'avais l'impression de savoir pourquoi un grand nombre de saints ont vécu leur vie de la façon dont ils l'ont fait.  Je n'avais pas de réticence à vivre matériellement pauvre, et je n'avais pas d'inquiétude à donner ma vie, connaissant ce qui m'accompagnait, comment grand et intense est l'amour de Dieu.

Cela a duré peut-être une minute, peut-être un peu plus.  L'expression extase de la contemplation s'applique ici.  Je savais que je venais de vivre quelque chose de très intense, de très grand.  Je n'avais jamais rien senti de tel auparavant, et je me sens très limité par les mots pour tenter de décrire l'expérience. Je nageais dans un océan d'amour, voilà!

Je méditais ce que je venais de vivre.  J'avais une confiance totale en Dieu.  Je n'avais aucune peur, aucune crainte, aucune réticence à me donner pour son service.  C'est alors que le prêtre a dit à haute voix, sans savoir à qui cette parole prophétique s'adressait :

'Mon enfant : Je sais que tu as reçu des blessures, des déceptions. Raconte-les-moi'.

(J'ai alors pensé : 'Mais le Bon Dieu les connaît déjà ; pourquoi les dire ?').

Et le prêtre a continué en disant : « Je sais ce qu'ils sont. Mais je veux que tu me les racontes, comme un ami raconte à un ami. »

Ton très familier, diriez-vous. Une illustration de cela se trouve dans l'Évangile de Jean, dans un texte où Jésus dit : « Je ne vous appelle plus mes serviteurs, car le serviteur reste dans l'ignorance de ce que fait son maître ;  je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu auprès de mon Père, je vous l'ai fait connaître ». (Jean 15,15-17).  Dieu voulait que, dans la prière, je lui raconte mes joies et mes peines, mes tribulations et les succès, comme on raconte ces choses à un ami, à un confident.  Cela s'éloigne de la mentalité qui veut que la prière consiste en ceci : « Bon Dieu, j'ai besoin de tel ou tel service ». Lorsqu'on apprend que Dieu est Amour, on a tendance à vouloir s'en approcher.  Dans la prière, on peut parler à Dieu.  On peut aussi l'écouter, quand on cherche à le connaître, à connaître sa volonté, son Amour pour nous tous.

Je me suis donc mis à raconter intérieurement les peines que j'avais vécues, les déceptions que j'avais eues, en sachant qu'il m'écoutait, comme un ami véritable.

En voici un autre, pour conclure :

Je trouvais remarquable cette façon dont je pouvais prier et ensuite ouvrir la Bible ou un autre livre à caractère religieux et arriver au hasard sur un texte dont le thème était en relation avec ce que je priais et méditais.  Cela sa faisait à répétition. Vers la fin de l'hiver de 1984,  dans un moment de prière dans le silence de ma chambre, j'ai demandé à Dieu si cela venait vraiment de lui, s'il en était effectivement la source et la cause de ces coïncidences entre mes questions et les textes sur lesquels j'arrivais.  Je voulais être totalement honnête dans ma démarche vers le sacerdoce, et je ne voulais pas me jouer des tours, ni en jouer à d'autres.  C'est en priant cela que j'ai pris ma Bible, je l'ai ouverte au hasard et le texte suivant s'est alors présenté sous mes yeux (Luc 4,16-21) :

Il (Jésus) vint à Nazara où il avait été élevé.  Il entra, suivant sa coutume, le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture.  On lui donna le livre du prophète Esaïe, et, en le déroulant, il trouva le passage où il était écrit:
  
« L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a conféré l'onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres.  Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d'accueil par le Seigneur. »
Il roula le livre, le rendit au servant et s'assit; tous dans le synagogue avaient les yeux fixés sur lui.  Alors, il commença à leur dire :  'Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez.'

J'ai bien regardé le texte. J'ai noté un élément qui a pris du relief, considérant le contexte de ma prière, élément que je n'avais pas remarqué auparavant. Le texte ne dit pas que Jésus avait sélectionné le texte qu'il avait lu.  Le texte dit seulement qu'on lui a donné un livre, et qu'il l'a déroulé, et il arrive sur un texte. Textuellement, les mots sont : En le déroulant, il trouva... .  Il ne semble pas qu'il ait cherché longtemps. J'aurai compris l'événement autrement si le texte aurait dit que Jésus fouilla pendant une vingtaine de minutes dans les rouleaux de parchemins et il est finalement arrivé sur le passage où il était écrit..., considérant que le livre d'Esaïe, dans ma copie de la T.O.B., contient 86 pages en petite écriture, et les écritures n'étaient pas divisées en chapitres et versets standardisés comme elles le sont aujourd'hui.  De plus, la copie du livre d'Isaïe (ou Esaïe) au synagogue à Nazareth se présenterait sous forme de rouleaux de parchemin, comme c'était la coutume dans ce pays. Qu'il s'agisse d'un événement historique ou non (il s'agit selon toute probabilité d'une technique d'illustration, pas nécessairement historique, selon une intention pastorale et pédagogique de l'auteur du texte de Luc) qui est raconté dans ce passage, il reste que c'est le texte sur lequel je suis arrivé, dans un esprit de prière, comportant une question précise. Se pourrait-il qu'il s'agisse d'un exemple de coïncidence entre un fait proclamé par Jésus de Nazareth et un texte qui avait été mis à la portée de sa main par... chance?  Pour ma part, j'en conclus que Dieu avait répondu par l'affirmative, que ces coïncidences venaient effectivement de lui.

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